mardi 10 juillet 2012

Le parfum des années passées - épisode 2


Si le vent ne me porte pas il aura le bon goût d’agiter le voile lourd de mes cheveux et de frôler ma peau trop longtemps isolée des caresses d’un homme.
Là où je suis, je ne sers à rien. Là où j’étais non plus. Je prenais un peu d’espace, je respirais doucement pour ne pas briser l’harmonie de l’air ambiant. Je me faisais discrète.
J’avais même du mal à poser mon regard sur le monde autour de moi, il aurait pu être trop pesant.
Je me souviens de ce qui a précédé ma mort. Les jours du compte à rebours. Je ne savais pas qu’on décomptait mon temps. Enfin je crois que j’avais oublié le décompte qui nous accompagne quotidiennement. L’habitude de respirer et l’avenir en guise d’éternité.
« … I remember april and I smile…I remember april and you… »
Je n’ai ressenti aucune appréhension. Pas d’angoisse. Rien d’inhabituel.
Jusqu’au moment où j’ai senti cette main sur mon épaule qui m’enfonçait sous l’eau. J’ai bien compris que ça merdait grave. Erreur de casting ?
D’un naturel discret je me connaissais quelques inimitiés, dont le développement est somme toute assez normal au cours d’une vie. Elles donnent même une sensation d’existence, vivre sans ennemi a quelque chose de terne et d’inhumain.
Mais de là à me faire couler à pic au fond d’une baignoire…
J’en reviens donc à cette poigne ferme et à cette main dont je sentais les aspérités articulaires. Ca n’a pris que quelques instants pour comprendre que la mort m’avait piégé dans la salle de bains sans que je comprenne pourquoi. Mourir des mains de la mort, c’est un peu fort de café. Je ne lui avais rien fait. Je n’avais pas cherché à la défier. Je menais mon petit bonhomme de chemin en sachant qu’à son terme ou bien avant il faudrait prendre une voie de traverse. Mais de là à y être obligée, il y a une marge.
Faut que je vous dise, je n’ai pas aimé mourir. Ce n’est pas le meilleur moment que j’ai vécu. Il ne faut pas se leurrer, personne n’est prêt à déguerpir avec son savon en mains sans même avoir nourri son chat.
Il m’a fallu quelques heures pour m’habituer à voir la mort en slip de bains m’observer en souriant (j’ai compris plus tard qu’elle me souriait) et en me lançant des œillades appuyées (j’ai aussi compris plus tard le coup des œillades appuyées). Car je dois vous le dire, une fois morte, je me suis retrouvée sur une plage de sable blanc, bordée d’une mer bleue, bleu-encre, un soleil un peu sombre et toute proche de moi, la mort en maillots de bains en train de se passer de l’huile solaire. Protection 30. Je m’en souviens très bien. Je me suis dit que j’avais intérêt à me réveiller vite fait si je ne voulais pas sombrer dans la folie. C’était juste le début. 


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