mercredi 24 février 2016

Colère synthétique

Il est courant de ne pas avoir envie.
De sortir, de courir, de manger de la pâté pour chat, surtout si je ne suis pas un chat.
Il est aussi courant d'avoir envie.
D'une glace au nougat avec un coulis de pistache, d'un kaki pas trop mur, de regarder les plantouilles pousser, de caresser la joue de Gaston, juste là et de l'entendre ronronner. D'appliquer un petit baiser à la commissure des lèvres.Toujours à la commissure des lèvres, c'est plus tentant.
Il est courant de tout ça. Mais pas que.
Il est courant d'avoir de petites douleurs, en vieillissant chaque jour. Ne pas oublier : la vieillesse ne vous saute pas au visage au détour d'une porte dérobée. Non, la vieillesse arrive lentement, chaque jour. La vieillesse n'est pas une maladie honteuse. Je parle pour ceux qui ont peur de fréquenter des vieux, ceux qui ne leur apportent aucun signe de tendresse. Une petite caresse réconfortante sur le bras, un franc sourire, quelques mots, un moment partagé. Pour de vrai ça ne coûte rien et ça fait du bien au moral. Ça laisse aussi de bons souvenirs.
Parce que je ne comprends pas le manque de mémoire des anciens enfants à l'endroit de leurs grands parents, par exemple. Pas de l'aïeul qui s'en tape, qui n'en a rien à faire de ces joyeuses têtes blondes à tous les âges de la vie. Non, je parle de ces vieux qui ont donné, qui ont passé du temps, de l'énergie, de l'amour.
Quand on est vieux on a besoin de concret, un truc bien palpable, du sentiment qui fait du bien par où il passe, un peu régulier, pas calqué sur les fêtes où les périodes de cadeaux.
Bref, malgré ma haine je ne suis pas sereine. Je  déteste cette génération qui n'a pas de mémoire, trop prise par le nombrilisme galopant qui n'accouchera de rien de bon (c'est du petit mot chargé de colère, vous l'aurez compris).
Se mettre en congés prolongé de ses souvenirs ne mène pas à grand chose. Il faut du temps pour s'en rendre compte. Le temps d'être soi-même le vieux de quelques jeunes.
Je suis en rogne.
Le jeunisme de notre monde n'a rien de bien réel, il est conjoncturel.
Le vieux n'est pas conjoncturel, il est sur la fin de sa vie, il a juste besoin d'une main tendue pour l'accompagner sur les derniers kilomètres, ces moments ne sont pas faciles. Je vous l'accorde.
Il faut un peu de couilles pour tout ça.
Et j'ai comme l'impression que certains en sont dépourvus.
J'aurais pas cru.


sj/paris la capitaleuuuu
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